Une nouvelle méthode pour accélérer l’identification de molécules anti-inflammatoires d’origine naturelle

24 juin 2026

L’équipe CAMBAP de l’IPHC a mis au point un test permettant d’identifier rapidement des molécules naturelles susceptibles de moduler les mécanismes de l’inflammation (inhibiteurs de l’enzyme ALOX5). Simple à mettre en œuvre et peu coûteuse, cette méthode combine la séparation sur couche mince et un test biologique in situ, et permet de repérer des molécules d’intérêt au sein de mélanges complexes sans purification préalable. Plusieurs extraits de champignons récoltés dans la région strasbourgeoise ont déjà révélé la présence de nombreuses molécules actives, en particulier chez certaines espèces du genre Fomitopsis.

L’inflammation joue un rôle central dans de nombreuses pathologies, de l’asthme à certaines maladies neurodégénératives en passant par plusieurs cancers. Parmi les mécanismes biologiques impliqués, l’enzyme 5-lipoxygénase (ALOX5) occupe une place importante en participant à la production de leucotriènes, des molécules qui favorisent les réactions inflammatoires.

Dans ce contexte, l’équipe CAMBAP de l’IPHC a développé une nouvelle méthode d’analyse permettant de détecter rapidement des molécules capables d’inhiber cette enzyme. L’objectif est de faciliter la découverte de futurs composés à potentiel thérapeutique, notamment à partir de ressources naturelles souvent très complexes à étudier.

La méthode repose sur une technique de chromatographie sur couche mince couplée à un test enzymatique colorimétrique. Concrètement, les composés présents dans un extrait naturel sont d’abord séparés sur une plaque chromatographique. L’activité de l’enzyme ALOX5 est ensuite révélée par une coloration : les substances capables de bloquer l’enzyme apparaissent sous forme de zones claires facilement repérables. Cette approche permet ainsi d’identifier directement, au sein d’un mélange complexe, les molécules présentant une activité anti-inflammatoire potentielle.

Les chercheurs ont validé la méthode sur une quarantaine de composés naturels connus et l’ont ensuite appliquée à plusieurs extraits de champignons récoltés dans la région strasbourgeoise. Les résultats ont mis en évidence de nombreuses molécules actives, en particulier chez plusieurs espèces du genre Fomitopsis. L’une d’elles, l’acide 3α-acétylpolyporénique A, a été identifiée comme inhibiteur de l’ALOX5. Les travaux suggèrent également que certains composés détectés pourraient agir simultanément sur deux voies majeures de l’inflammation, impliquant à la fois les enzymes COX-2 et ALOX5, une propriété particulièrement recherchée pour le développement de nouveaux agents anti-inflammatoires.

Simple à mettre en œuvre, peu coûteuse et compatible avec le criblage rapide d’un grand nombre d’échantillons, cette nouvelle méthode constitue un outil prometteur pour accélérer l’exploration de la biodiversité à la recherche de molécules bioactives et de futurs candidats médicaments.

Référence de la publication : A Thin-Layer Chromatography Bioautographic Assay for the Rapid Detection of Arachidonate 5-Lipoxygenase Inhibitors. Aurélie Urbain et al., Analytica 20267(2), 34; https://doi.org/10.3390/analytica7020034

L’un des champignons dans lesquels ont été recherchés de potentiels inhibiteurs de l’enzyme ALOX5 est le Polypore marginé (Fomitopsis pinicola), ici sur une souche d’arbre. Crédit photo Bruno Mader / Adobe Stock